
La culture de l'amandier dans la région de l'Oriental possède une profondeur historique remarquable. Elle a toujours bénéficié de la préférence des agriculteurs depuis l'Antiquité, particulièrement dans les zones montagneuses et sur les versants des provinces de Berkane, Taourirt et Oujda-Angad.
Selon certains textes et documents appartenant aux habitants des Béni Snassen, cités dans l'ouvrage de l'éminent professeur Mohammed Maktoub intitulé « Ouled Moussa et M'hammed : de l'ombre à la lumière », l'apparition de l'amandier dans les Béni Snassen remonte à au moins 300 ans.
Deux documents historiques en attestent :
Premier document : Daté du 10 Ramadan 1194 de l'Hégire, correspondant au 8 septembre 1780.
Deuxième document : Daté du 1er Joumada II 1213 de l'Hégire, correspondant au 9 novembre 1798.
Au niveau régional, les principaux bassins de production se situent sur le versant sud des monts des Béni Snassen. L'amandier y constitue une ressource fondamentale pour les populations rurales, aux côtés d'autres cultures de subsistance. Cette culture se caractérisait historiquement par un mode traditionnel (l'amandier dit « Beldi »).

À l'origine, les agriculteurs ont étendu la plantation d'amandiers en se limitant à un petit nombre de variétés plantées à proximité des habitations sur les pentes montagneuses. Le processus suivait des étapes précises :
Semis : Utilisation de noyaux issus d'arbres anciens, en privilégiant souvent les amandes amères.
Technique de plantation : On plaçait 4 à 5 graines par trou, à une profondeur de 5 cm, la partie pointue vers le haut. Les graines étaient espacées de 5 à 10 cm, sans respecter une densité de plantation spécifique. Cette méthode permettait de protéger les semences du gel et de faciliter la germination
le meilleur plant était conservé pour être greffé sur place.
Pour protéger le jeune plant, les agriculteurs l'entouraient de végétation naturelle épineuse (comme le jujubier/Sedra). Les habitants des Béni Snassen appellent cette opération le « Tagmat », par analogie au lange dont on enveloppe un nourrisson pour limiter ses mouvement.

Cette méthode traditionnelle présente de nombreux points forts :
Robustesse : Obtention d'arbres vigoureux capables de supporter la sécheresse, de résister aux maladies et aux insectes.
Adaptabilité : L'arbre tolère les sols pauvres, calcaires et pierreux.
Longévité : Ces arbres peuvent vivre 50 à 60 ans, voire plus.
Ce mode de culture prédomine encore dans les zones de montagne. Ces arbres se distinguent par une floraison précoce et une production soumise à l'alternance. Les amandes obtenues sont de petit calibre, avec un taux élevé d'amandons doubles et la présence fréquente d'amandes amères.
Cette culture dépend exclusivement de la pluviométrie et ne bénéficiant d'aucune intervention technique moderne, ces arbres continuent de résister dans plusieurs communes de la région de l'oriental malgré des conditions climatiques difficiles

Traditionnellement, les rôles sont bien définis: aux hommes les tâches de production agricole dans les champs (semis, greffe, taille, labour), aux femmes les tâches de production domestique (séchage, stockage, concassage) sont réalisées par les femmes au sein même du foyer.
La récolte est pratiquée par les différents membres de la famille qui se partagent le travail : enfants, père et mère de famille, mais aussi bien souvent grands-parents. Les hommes montent dans les arbres, et frappent les branches à l’aide d’un long bout de bois ou avec des cannes ou des roseaux, pour faire tomber le fruit, que les femmes restées à terre recueillent. La récolte est une période de retrouvailles où même ceux partis vivre en ville ou à l'étranger reviennent participer. À travers cet arbre, c'est tout un réseau de solidarité qui s'anime, créant un pont entre les genres, les générations et les lieux de vie.
Le séchage est une étape importante de la production qui suit directement la récolte. Pour cela, on étale les amandes dans leurs coques au grand air, souvent sur les toits ou dans la cour intérieure de la maison, afin qu'elles profitent de la chaleur du soleil pendant quelques jours. Pendant le séchage, on respecter le tri effectué lors de la cueillette, chaque lot d'amandes doit rester bien distinct des différentes catégories de fruits.
Les paysans peuvent écouler leur stock d’amandes décortiquées de manière progressive, en fonction des besoins de la maison, et du cours de l’amande. Celui-ci varie en fonction de l’offre et de la demande.
L’autoconsommation utilise une partie importante de la production traditionnelle, les amandes sont un symbole d’hospitalité de générosité et d’accueil chaleureux, particulièrement dans la culture des Béni Snassen, les amandes sont servies grillées avec des mets comme Harcha, Msemen (une sorte de crêpe feuilletée,) Baghrir et miel avec un thé à la menthe. Le mois de ramadan est le mois où la demande est la plus forte. Les mois d’été combinent une offre forte – période de récole – à une forte demande –fêtes de mariage.
Cette variation des cours fonde de véritables stratégies de spéculations. Les foyers attendent le bon moment pour vendre leur récolte. « J’attends que les prix soient un peu plus haut. (…) Je vends pas tout d’un coup sinon je perds mon argent ». Les paysans viennent au souk pour se renseigner sur le cours de l’amande. En effet, le prix y est fixé toutes les semaines, par des intermédiaires provenant de Fès ou d’autres régions, qui rachètent aux paysans locaux et revendent dans des plus gros marchés ou dans les grandes villes.
C’est ce montant qui sert de référence pour toutes les transactions, qu’elles aient lieu à l’intérieur ou à l’extérieur du souk, directement du paysan à l’acheteur.
D’une semaine à l’autre, les paysans, notamment les femmes cassent une certaine quantité d’amandes et les hommes se rendent au souk pour échanger les quelques kilos décortiqués contre de l’argent liquide.


La dégradation avancée de ce patrimoine nécessite une rupture avec les modes de gestion traditionnels. La survie de ces agrosystèmes dépend de la mise en place d'une approche partenariale intégrée, structurée autour de trois points essentiels :
Engagement direct des exploitants dans la maintenance des actifs.
Appui technique et mutualisation des ressources via les organisations professionnelles.
Soutien financier du plan de sauvegarde par le Ministère de l'Agriculture.
Le plan de sauvegarde s'articule autour de quatre leviers agronomiques majeurs visant à restaurer le potentiel de rendement :
Régénération du verger : Actions de rajeunissement des charpentières sur les sujets sénescents et généralisation d'une taille annuelle pour optimiser l'équilibre bois/fruits.
Gestion de la ressource hydrique et fertilisation : Amélioration de l'efficience de l'eau par la confection des cuvettes de réception (impluviums). Cette mesure est couplée à un pilotage de la nutrition azotée en phase de débourrement (janvier-février) et à une gestion mécanique des adventices.
Optimisation de la pollinisation et résilience variétale :
1- Surgreffage stratégique : Introduction de variétés à floraison synchrone pour pallier les déficits de pollinisation croisée.
2- Adaptation bioclimatique : Sélection de génotypes présentant une meilleure tolérance aux stress abiotiques locaux.
Renforcement de la pollinisation par l'implantation de colonies d'abeilles durant le pic de floraison, garantissant un taux de nouaison optimal.
